dimanche 22 août 2010

Moisson du fourrage

Aussitôt les grosses pluies terminées et le choc de la catastrophe absorbé, les habitants de Matho se sont mis à l’ouvrage. Il faut couper l’herbe qui servira de nourriture aux animaux pendant toute l’année. Dans certains champs, on ne trouve que ces herbes et pas d’autres cultures. Sur le bord d’autres champs plantés de céréales comme dans le pourtour des jardins potagers, sous les abricotiers, on coupe ces plantes variées et fleuries partout où elles se trouvent. Pas de tracteur ni aucune autre machine agricole, tout se fait à la main. En général, les hommes, genoux à terre, manipulent la faucille, et les femmes font des ballots avec l’herbe coupée. Mais, par manque d’hommes, qui travaillent souvent à l’extérieur, on peut voir des femmes se servir également de la faucille. Pendant 2 jours et demi, j’ai aidé 3 familles différentes dans les champs, en confectionnant les ballots. Il faut d’abord faire une torsade de plantes qui sert ensuite à attacher le paquet d’herbes ensemble. Cela paraît si facile… mais il faut un peu de pratique avant d’y arriver.
Ce qui est extraordinaire dans ce travail, ce sont les chants qui accompagnent le labeur tout au long de la journée. Ils ne ressemblent à rien de ce que je connaissais auparavant. Les travailleurs se divisent en 2 groupes non fixes, qui se répondent et répètent des phrases telles que : « lami lamo ton-lé », ce qui signifie que le travail est facile. Au fur et à mesure que les heures passent, le ton change, le rythme aussi, l’entrain évolue également, ce qui fait que la chanson est toujours différente. Nous faisons de nombreuses mais courtes pauses. Nous buvons du thé, les hommes préfèrent le « chang » (boisson légèrement alcoolisée fabriquée dans chaque maison à partir d’orge), dans lequel ils mettent une poignée de « gnampé » (farine d’orge grillée). Certaines femmes en boivent aussi un peu. À chaque pause, les hommes affutent leur faucille avec une pierre de la rivière. En général, une femme prend soin de tout le monde. Elle s’assure qu’il y ait assez de « chang », prépare les différents thés (le salé et le sucré), une grosse collation vers 11h ou 12h, puis le repas qui est servi dans le champs en début d’après-midi.
Une fois les ballots d’herbe confectionnés, on les met debout, 3 par 3. Et le travail ne s’arrête pas là : après cette journée de coupe, il faudra revenir les chercher. Les ladakhis utilisent comme un sac à dos une longue sangle, grâce à laquelle ils peuvent transporter de grosses quantités d’herbe. Ils les rapportent jusqu’à leur maison, puis les montent sur le toit pour les y faire sécher.
Quand on a travaillé toute la journée aux champs avec les ladakhis, leurs chansons résonnent encore dans la tête au moment de se coucher, et bercent un sommeil de plomb. Il s’agit d’une expérience merveilleuse et d’un privilège que de partager avec eux des moments pareils.










samedi 21 août 2010

Catastrophe au Ladakh

cette maison de Saboo est une perte totale. À la place de la rivière de roches et de terre, devant la partie encore visible du bâtiment, se trouvait la cuisine…


Dans le village de Saboo, à la place de ce tas de roches, se trouvait une maison. Elle a disparu la nuit du 5 au 6 août. 4 de ses habitants y ont trouvé la mort, incluant une femme enceinte.






Dans le village de Matho, une seule maison s’est écroulée, ne faisant aucun blessé. Une trentaine de voisins se sont portés bénévoles pour en sortir tout ce qui était récupérable.



Maison enterrée jusqu'au premier étage à Saboo.




Le Ladakh a connu des heures sombres, au début août. De violents orages se sont abattus sur la région pendant plusieurs nuits d’affilée. Le Ladakh étant un territoire très aride, les maisons ne sont pas construites pour être à l’épreuve de telles précipitations ; elles sont faites de briques de terre, leur toit est plat, recouvert de terre, et souvent une partie en est ouverte sur l’intérieur de la maison. Lors de ces orages, il a donc plu dans la plupart des maisons ladakhis, et j’ai dû déménager dans la chambre du rez-de-chaussée que j’occupais l’année passée. Ce n’est qu’un tout petit inconvénient par rapport à ce qui s’est passé aux alentours…

Le pire est survenu lors des 2ème et 3ème nuit de déluge. À Leh et dans une vingtaine de villages, de nombreuses maisons se sont écroulées, parfois sur leurs propriétaires. Des coulées de boue ont emporté des vies et rempli des maisons entières, les rendant inutilisables. Tous les ponts de la route reliant Leh au Cachemire ont été détruits. Les dégâts sont innombrables. Maintenant que tout est terminé, on a retrouvé environ 200 corps, 600 personnes sont encore disparues, et les blessés sont très nombreux. Pour une région dont la population est de 150 000 habitants, le bilan est lourd. D’autant plus que, de mémoire de ladakhi, même chez les plus âgés d’entre eux, jamais une catastrophe de cette ampleur n’est survenue parmi ce peuple.

À Matho, il a aussi plu dans les maisons, mais les dégradations ont été vraiment minimes. Une seule vieille maison s’est écroulée dans tout le village, sans faire aucun blessé. Avec une trentaine de voisins, je suis allée aider les propriétaires à en sortir tout ce qui était récupérable : matériaux de construction (poutres, baguettes de bois, portes, fenêtres, escalier, briques de terre …), poêle à bois, vaisselle (principalement en métal, mais une cuvette remplie de tasses de porcelaine intactes a été sortie des décombres, une seule d’entre elles étant cassée), objets divers, et surtout le plus important, les réserves de grains et de farines.

Le village de Matho a été bien épargné par les événements. Les villages dévastés sont situés partout autour de Matho et de Stok, miraculeusement épargnés. Des habitants de Leh et de Choglamsar sont venus plusieurs soirs d’affilée passer les nuits, en sécurité, au monastère de Matho. Plusieurs habitants du village, quant à eux, ont installé des tentes dans les montagnes : ils avaient peur que leur maison ne s’écroule sur eux pendant leur sommeil.

Le service de bus pour aller à Leh a été interrompu pendant une semaine. Les enfants n’ont pas eu d’école puisque les professeurs ne pouvaient pas venir. Les lignes de téléphone fixe ne fonctionnent pas depuis 2 semaines, et les téléphones portables ont eu bien des problèmes également.
Le 11 août, une centaine d’habitants de Matho se sont regroupés dans les bennes de 2 camions, armés de pelles et de pioches, pour aider les habitants d’un village dévasté : Saboo. Je faisais partie du nombre. Tristesse et désolation nous attendaient dans ce village qui devait être si paisible et agréable en temps ordinaire. Une nuit, un torrent est soudainement passé en plein cœur du village, un chemin qu’aucune rivière n’emprunte en général. Le flux était si important qu’il charriait avec lui des roches de toutes tailles, allant jusqu’à peser plusieurs tonnes. Les dégâts sont terribles : maisons écroulées, coupées en 2, remplies de terre et de pierres, presque comme du béton armé. Là où étaient les champs et les jardins potagers verdoyants, il ne reste qu’un désert de roches.

Nous avons d’abord travaillé à essayer de dégager une maison intacte : l’amas de terre et de pierres s’amoncelait jusqu’au premier étage. Le long de la maison se trouvait, sous un autre tas, les restes de l’étable et de 3 vaches.
Puis, avec mes amies, nous sommes allé aider à dégager les décombres d’une autre maison, dont il ne restait pas grand chose : d’un côté, les restes d’un petit magasin, de l’autre, 2 pièces défoncées, remplies de terre compactée et de roches. Entre les 2 était située une autre partie de la maison, totalement disparue et impossible à imaginer sous cette rivière de décombres et de roches. Toute la journée, entre 10 et 20 personnes ont travaillé dur pour en sortir quelques objets et essayer de consoler la propriétaire malchanceuse : 2 matelas et les 2 tapis que l’on place dessus, 2 sacs de jute remplis de vaisselle de métal terriblement cabossée, quelques coussins… La récolte est minime par rapport à la somme de travail, mais pour quelqu’un qui a tout perdu, c’est déjà quelque chose.

Un peu plus haut, en fin d’après-midi, un Rimpoche (Lama haut gradé) est venu prier sur un amas de grosses pierres. J’apprends qu’à cet endroit se trouvait une maison (difficile à croire : on ne peut en distinguer que des fondations d’un seul côté), et que, cette nuit-là, 4 personnes de la même famille y ont trouvé la mort, incluant une femme enceinte. Au total, 14 personnes sont mortes dans le petit village de Saboo.

À la nuit tombante, les 2 camions nous ont ramener, brinquebalant, à Matho. Malgré la fatigue d’une journée de dur labeur, la désolation et la tristesse de tout ce qu’ils ont vu, les habitants du village où j’habite ont gardé leur joie et leur bonne humeur habituelle. Pendant la plus grande partie du trajet, comme à l’aller, ils ont chanté une prière bouddhiste. Une fois de plus, les ladakhis m’ont donné une leçon de courage et de solidarité.

lundi 2 août 2010

Les livres sont de sortie !

Chaque année, certains villageois de Matho, accompagnés de plusieurs moines, s’adonnent à une tradition ancestrale : ils sortent les livres sacrés de la bibliothèque du monastère, et les emportent pour leur faire faire le tour du village et de chaque lieu sacré (stupas, manis, chortens, grottes etc…). Matho étant très étendu et montagneux, il s’agit d’une véritable épreuve physique à laquelle se prêtent volontiers jeunes et moins jeunes, pendant 2 jours. Comme toujours, malgré la fatigue, les ladakhis sont de bonne humeur, et marchent en s’exclamant très joyeusement, en répétant des cris tels que : « maintenant, le village est tranquille ! ».


Les livres transportés ne sont pas reliés. Ils sont composés de longs feuillets entourés de tissu.


Il y a de nombreux arrêts. À chaque fois, les moines disent des prières, accompagnés de musique. D’autres villageois préparent du thé et de la nourriture à offrir au groupe dès son arrivée. Avant de repartir, il arrive qu’un homme improvise une petite danse ladakhi, très lente, au son des tambours et des cris d’encouragement de ses amis.
La pause derrière ma maison se passait sous un gros arbre, auquel était attaché une tête de yack, au-dessus de laquelle on avait posé le portrait du Rimpoche de Matho (portrait qui a, lui aussi, a fait le tour du village bien sûr).



La moutarde

Yankchen (ma propriétaire et amie) retire la moutarde de son champ pour la donner à manger aux vaches...

Partout à Matho, au mois de juillet, la couleur jaune de la plante Ajouter une imagede moutarde domine le village et ensoleille les paysages. On la cultive pour faire de l’huile à partir de ses graines. Cependant, la plante pousse aussi partout où l’on irrigue : les graines se propagent par l’eau des canaux d’irrigation. Ainsi, on peut voir des plants de moutarde pousser partout, dans les champs d’autres cultures autant que dans les potagers ou dans les platebandes de fleurs. On la désherbe pour la donner à manger aux bovins (en fin de journée, on voit souvent des ladakhis cueillant ou portant de gros bouquets de fleurs jaunes pour les porter aux vaches et aux dzo-mo), mais aussi pour en manger les feuilles qui se cuisinent comme des épinards, ou encore pour faire sécher ces dernières qui seront consommées pendant l’hiver.

Ma cuisine

Dans un coin de ma chambre, c’est dans cette cuisine que je prépare tous mes repas. Pas de restaurant, pas de frigo, mais que de bons produits pour cuisiner : par exemple, la farine de blé complet est celle que ma propriétaire confectionne à partir de ses récoltes ; les légumes sont tous cultivés localement, ou encore ils sont ceux que je cueille dans la montagne (ou certaines « mauvaises herbes » qui poussent dans les champs ou le jardin potager et qu’on peut prendre quand on aide à désherber).
C’est dans cette cuisine que je cuis mon pain (que je mange principalement le matin, accompagné du beurre que baratte Yangchen dans la pièce à côté, à partir de la crème provenant du lait de ses vaches, et d’une confiture d’abricots très naturelle que j’achète à Leh). C’est aussi dans ce coin que je prépare le ghee (beurre clarifié, ce qui permet de le conserver très longtemps), des conserves de choucroute (que je viens d’apprendre à faire, c’est d’une simplicité !) ou de betteraves. Je cuisine aussi des légumes, dans une huile de moutarde provenant d’un autre village, avec des épices indiennes fraichement moulues, et le meilleur sel au monde : le sel de roche de l’Himalaya. Pour les accompagner, je prépare des chapatis (galettes de blé complet), du riz du Kashmir ou du riz complet, du boulghour… Je mijote aussi parfois une bonne « thukpa » (soupe ladakhi), un végé-pâté de mon invention, à base de lentilles, ou un gâteau au chocolat.
Bref, nulle part ailleurs sur la planète je ne pourrais retrouver les mêmes goûts et surtout la même qualité d’aliments, pour la plupart biologiques et locaux, et à un prix imbattables…

lundi 19 juillet 2010

Festival pour accueillir le Rimpoche au Palais de Matho

La deuxième journée de la visite du Rimpoche était organisée pour recevoir plusieurs milliers de personnes de la région sous une immense tente. Après les discours d’usage et les enseignements du Rimpoche, un spectacle de danse a été préparé par les habitants de Matho. Le village étant situé sur une très grande surface (chaque maison est entourée de ses champs), il a été divisé en 5 sections. Les résidents de chaque partie ont donc choisi une danse d’une région particulière du Ladakh ou des alentours : Tibet, Lahol ou autre… Comme d’habitude dans ce genre d’événement, on y sert du thé et de la nourriture presque sans interruption, et le spectacle est autant parmi les spectateurs que sur la scène.



Enseignements du Rimpoche au monastère de Matho

J’ai dû emménager plus rapidement que prévu à Matho pour assister à l’événement de l’année : un Rimpoche de très haut rang (Shars Rimpoche) y est venu pendant 2 jours. Pendant la première journée, il a donné des enseignements au monastère du village. Ceux-ci étaient presque uniquement suivis par les habitants de Matho, qui ont formé des haies d’honneur pour l’accueillir. Chose curieuse, le Rimpoche, bien qu’il soit ladakhi, n’a parlé qu’en tibétain, langue que la plupart des habitants du village ne comprennent pas…








Cueillettes sauvages

Ces derniers temps, j’ai été occupée à parcourir les montagnes des alentours, avec mes amies colombiennes, pour y cueillir des plantes sauvages. Ensuite, je les fais sécher pour les conserver et les manger plus tard, en faire de bonnes tisanes, ou encore faire de petits cadeaux à mes amis (par exemple, le habitants de Matho raffolent des orties, mais n’ont pas toujours le temps ni la patience d’aller les récolter.).

Récolte de câpres : à ma grande surprise, il y a des câpres dans les Himalayas (ou au moins dans la région du Ladakh où je me trouve). Il faut s’armer de patience, autant pour la cueillette que pour préparer la récolte de retour à la maison. Mais quel résultat !

Ma chambre prend des allures de séchoir… Et aussi des odeurs très agréables ! En bas à gauche : l’ortie. En haut à gauche : un peu de plantain, et au-dessus, une plante comestible appelée « oxyria » en latin. Dans les pots : les câpres. Au-dessous, des galettes d’ail sauvage. Au milieu à droite : la menthe. En bas, la sauge.

Cueillette d’orties : il faut prendre la pointe de la plante, au moment où elle est encore tendre. Celle qui a déjà des fleurs est plutôt réservée à la tisane.


samedi 17 juillet 2010

La maison Stamba

Je me suis installée dans la même maison que l’été dernier. Il s’agit d’une grande maison typique ladakhi, au pied du monastère de Matho.

Après avoir passé la première semaine dans la même chambre que je louais l’an passé, j’ai déménagé à l’étage du dessus, dans la pièce qu’on appelle la « glass room ». Grâce à sa fenestration généreuse, il y fait beaucoup plus chaud que dans les autres pièces de la maison, et la vue y est fantastique. Mon loyer a par contre augmenté : il est passé à environ 7,5 € (11 $ ca) par mois, tout compris…


Cette vue prise du toit de la maison est celle que j’ai de ma chambre (d’un côté).

Les propriétaires de la maison sont très sympathiques. La famille est composée de Tashi et de sa femme Yangchen, qui ont mon âge, et de leurs 2 enfants : Lamo, une fille de 13 ans, et Shadup, un garçon de 9 ans. Tashi n’est quasiment jamais à la maison pendant la saison touristique : il est chauffeur pour une agence de trekking. Je m’entends très bien avec Yangchen, on échange beaucoup de petits services et un peu de nourriture. Shadup est encore un peu timide avec moi. C’est avec Lamo que j’ai la plus grande complicité. En l’absence de son père, c’est la seule qui parle un peu anglais dans la maison, c’est donc ma traductrice et la complice avec laquelle je vais parfois me promener.

Il y a aussi un chien, 3 vaches, un veau, une dzo-mo (femelle, mélange entre le yack et la vache). Les ânes sont chez les grands-parents un peu plus bas, et le yack de la famille est décédé cet hiver, après s’être battu avec un autre mâle de son espèce.

mercredi 16 juin 2010

Retour dans les Himalayas

Me voici de retour au Ladakh, dans cette région magnifique surnommée « petit Tibet ». J’ai retrouvé la gentillesse des ladakhis et des tibétains, les montagnes de plus de 6 000 m d’altitude aux sommets enneigés qui entourent la vallée de Leh… J’ai aussi retrouvé les problèmes de connexion à Internet (alors ne vous inquiétez pas si je ne vous réponds pas tout de suite quand vous m’écrivez) ! Demain, je vais retourner au village de Matho où je louerai à nouveau une chambre chez l’habitant.

Ce cheval fait partie de la caravane d’un nomade qui a fait étape à Matho l’été dernier.

lundi 7 juin 2010

Le bébé goéland qui aimait le tofu

3 jours avant mon départ de Bretagne, mon père trouvé ce bébé goéland dans le jardin : des voisins avaient défait son nid… Nous l’avons mis à l’abri des chats dans la cour. Ses parents ne le nourrissant pas régulièrement depuis qu’il était sous notre protection, le bébé a commencé à picorer des cloportes. Puis, comme il avait encore faim, nous lui avons donné différentes nourritures. Mais ce qu’il préfère, c’est le tofu ! Son régime semble bien lui convenir : ses ailes, qui étaient à peine des moignons à son arrivée, mesuraient environ 10 cm seulement 3 jours plus tard. Impressionnant…





Petite pause d’Asie : 2 mois en Bretagne

Pour obtenir un nouveau visa dans le but de séjourner encore quelques mois en Inde, il fallait que je sorte du pays pendant 2 mois. Il s’agit des nouvelles règles s’appliquant depuis le début de l’année. Après hésitations, j’ai décidé d’aller passer ces 2 mois en Bretagne (France), chez mes parents, plutôt que d’aller au Népal. Ce qui a fini de me décider, c’est que mon père avait besoin de mon aide pour l’aider à illustrer son livre, sur l’architecture de Port-Louis (la petite ville où mes parents habitent) et la façon dont la ville s’est construite. Cela me convenait à merveille, puisque j’adore faire des reportages photographiques, mais aussi parce que c’est agréable de faire du bénévolat pour son propre père quand on en fait à l’autre bout du monde !

2 exemples de photos prises pour mon père : un détail de la corniche d’une maison du 16ème siècle (ci-dessous) et un détail de l’église (ci-dessus).


jeudi 27 mai 2010

La fin d’une vie

Le bénévolat peut prendre des formes très variées… Venue aider mon amie indienne, Sujata, à monter son projet de maison d’accueil pour orphelins et personnes âgées, je me suis retrouvée au chevet de sa belle-mère mourante. J’ai vécu avec elle des moments particulièrement forts et émouvants.

Rajalaxmi, fille unique d’un médecin qui l’adorait, a grandi entourée de 10 servantes. Son mari aussi la choyait, ils ont eu 7 enfants ensemble. Puis la vie a été plus difficile avec elle. Elle a perdu son époux brutalement lorsque la petite dernière n’avait que 2 ans. Malgré son statut de veuve, situation très difficile à vivre en Inde, elle a réussi à élever seule et à donner une bonne éducation à ses 5 filles et à ses 2 fils, et à tous les marier.

Quand je l’ai connue en décembre 2009, elle était déjà alitée, n’arrivant plus à se retourner toute seule dans son lit, et elle souffrait beaucoup physiquement. En Inde, il est impensable de mettre une personne âgée dans une institution spécialisée ou un hôpital : elle doit s’éteindre chez elle, au milieu des siens qui ont pour devoir de lui donner tous les soins et l’affection nécessaires. Il s’agit plus précisément de la responsabilité de ses filles et belles-filles. Au début de mon séjour dans la famille de Rajalaxmi, quand je m’asseyais à ses côtés, je ne savais pas trop comment lui tenir compagnie. Elle me parlait en bengali ; sur les conseils de mon amie, je répondais « hun ! » (oui) à ses questions, auxquelles je ne comprenais rien, pour ne pas la contrarier. Elle voulais toujours que je m’assois à ses côtés, alors j’ai eu l’idée de lui lire à voix haute le livre Zhuan Falun (le livre clé du Falun Dafa). Bien qu’elle soit presque totalement sourde et ne comprenne pas le français, elle a tout de suite aimé ça. Elle disait à tous que j’étais une bonne fille, que les dieux m’avaient amenée dans sa maison pour que je lui donne des enseignements. Elle voulait aussi apprendre l’anglais. Malgré ses souffrances, elle avait conservé un sens de l’humour qui se lisait dans ses yeux et son sourire. Nous sommes vite devenues amies, et lorsque je m’apprêtais à partir après un séjour de plus de 2 semaines, elle ne m’a laissé la quitter uniquement parce que je lui ai promis de revenir bientôt.

Trois semaines plus tard, son état avait beaucoup empiré. Elle n’arrivait plus à ouvrir les yeux ni à parler, et souffrait encore plus. Les 2 premier jours de ce second séjour chez elle, j’ai été très occupée et n’ai presque pas pu passer de temps à son chevet. Le 3ème jour, quand je suis entrée dans sa chambre, sa main était crampée sur l’accoudoir d’une chaise. Je me suis assise et lui ai pris la main, qui s’est agrippée à la mienne à la manière d’une personne en profonde détresse. J’ai commencé la lecture de Zhuan Falun, et progressivement j’ai senti sa main se décontracter. À plusieurs reprises, elle a fait de gros efforts pour ouvrir un œil et essayer de faire le focus. Je ne sais pas ce qu’elle a réussi à voir, mais je suis persuadée qu’elle savait que j’étais là. J’ai continué à lire, elle était de plus en plus sereine. Au bout d’une heure 30, Sujata est venue voir ce qui ce passait dans cette pièce : « Depuis que tu es avec elle, je ne l’entends plus se plaindre, ni gémir de douleur. Je veux savoir ce qui est écrit dans ce livre ! ». J’ai lu encore un peu. À 3 reprises, mon cœur a fait un bond : elle avait arrêté de respirer pendant quelques secondes ! Elle était si tranquille. La vie tient à si peu ; il suffit d’arrêter de respirer… Quelques secondes de plus, et ça en aurait été fini de toutes ses souffrances : quelle simplicité… Mais elle n’était pas encore prête à partir.

Le lendemain, jour de la Puja de Saraswati, j’ai passé toute la journée à l’école de filles pour assister aux cérémonies. Puis, je me suis installée à nouveau près de Ralalaxmi, mon livre à la main, et j’ai passé la soirée avec elle. Alors que je l’avais toujours vue avec une main coincée entre l’oreiller et sa joue, elle m’a donné ses 2 mains : l’une dans la mienne, l’autre autour de mon poignet. Il fallait bien que je garde une main libre pour tenir le livre ! Je la sentais plus décontractée que la veille. La communication et la tendresse que nous avons échangées par le contact de nos mains resteront pour toujours gravées dans mon esprit comme un moment fort de mon existence. J’étais fatiguée, mais j’ai continué la lecture jusqu’à 23h. Je tenais à finir le chapitre, je savais qu’il ne lui restait plus beaucoup de temps à vivre. En effet, le lendemain matin, à 9 h, elle s’est éteinte sans un bruit, dans son lit. Son fils, sa belle-fille Sujata et l’employée de la maison s’en sont rendu compte alors que cela venait de se produire. J’ai ensuite pu voir tous les préparatifs de son corps pour la crémation ; mais ça, c’est une autre histoire…

Rajalaxmi m’a donné une grande leçon sur la vie, la souffrance et la mort. Malgré toutes les différences culturelles et l’impossibilité de communiquer par les mots, nous avons trouvé d’autres façons de nous rejoindre. Je ne l’oublierai jamais.



samedi 13 mars 2010

Des nouvelles de ma santé

Qu’on se le dise : finie la fibromyalgie, je suis GUÉRIE à 95 % de cette maladie chronique !

Depuis que j’ai commencé à pratiquer le Falun Dafa en juin 2009, ma santé s’est rapidement améliorée, mes douleurs se sont envolées, et j’ai pu faire des choses que je n’aurais pas pu envisager auparavant. J’ai arrêté le taï-chi, le yoga, l’accupression, les médicaments (la plupart naturels), les marches avec des méthodes respiratoires particulières et toutes les autres méthodes et traitements que j’ai testés… Ça fait maintenant 8 mois, et je me porte à merveille. À tel point que les gens qui ne m’ont pas vue depuis un certain temps en ont presque du mal à me reconnaître tellement je rayonne. « Tu avais l’air si vieille l’année dernière », m’a même dit un jeune homme de Puri !

Couple de lézards


Drôle de spectacle pendant que je me lavais… J’ai eu le temps de finir de me doucher et d’aller chercher l’appareil photo !