lundi 7 juin 2010

Petite pause d’Asie : 2 mois en Bretagne

Pour obtenir un nouveau visa dans le but de séjourner encore quelques mois en Inde, il fallait que je sorte du pays pendant 2 mois. Il s’agit des nouvelles règles s’appliquant depuis le début de l’année. Après hésitations, j’ai décidé d’aller passer ces 2 mois en Bretagne (France), chez mes parents, plutôt que d’aller au Népal. Ce qui a fini de me décider, c’est que mon père avait besoin de mon aide pour l’aider à illustrer son livre, sur l’architecture de Port-Louis (la petite ville où mes parents habitent) et la façon dont la ville s’est construite. Cela me convenait à merveille, puisque j’adore faire des reportages photographiques, mais aussi parce que c’est agréable de faire du bénévolat pour son propre père quand on en fait à l’autre bout du monde !

2 exemples de photos prises pour mon père : un détail de la corniche d’une maison du 16ème siècle (ci-dessous) et un détail de l’église (ci-dessus).


jeudi 27 mai 2010

La fin d’une vie

Le bénévolat peut prendre des formes très variées… Venue aider mon amie indienne, Sujata, à monter son projet de maison d’accueil pour orphelins et personnes âgées, je me suis retrouvée au chevet de sa belle-mère mourante. J’ai vécu avec elle des moments particulièrement forts et émouvants.

Rajalaxmi, fille unique d’un médecin qui l’adorait, a grandi entourée de 10 servantes. Son mari aussi la choyait, ils ont eu 7 enfants ensemble. Puis la vie a été plus difficile avec elle. Elle a perdu son époux brutalement lorsque la petite dernière n’avait que 2 ans. Malgré son statut de veuve, situation très difficile à vivre en Inde, elle a réussi à élever seule et à donner une bonne éducation à ses 5 filles et à ses 2 fils, et à tous les marier.

Quand je l’ai connue en décembre 2009, elle était déjà alitée, n’arrivant plus à se retourner toute seule dans son lit, et elle souffrait beaucoup physiquement. En Inde, il est impensable de mettre une personne âgée dans une institution spécialisée ou un hôpital : elle doit s’éteindre chez elle, au milieu des siens qui ont pour devoir de lui donner tous les soins et l’affection nécessaires. Il s’agit plus précisément de la responsabilité de ses filles et belles-filles. Au début de mon séjour dans la famille de Rajalaxmi, quand je m’asseyais à ses côtés, je ne savais pas trop comment lui tenir compagnie. Elle me parlait en bengali ; sur les conseils de mon amie, je répondais « hun ! » (oui) à ses questions, auxquelles je ne comprenais rien, pour ne pas la contrarier. Elle voulais toujours que je m’assois à ses côtés, alors j’ai eu l’idée de lui lire à voix haute le livre Zhuan Falun (le livre clé du Falun Dafa). Bien qu’elle soit presque totalement sourde et ne comprenne pas le français, elle a tout de suite aimé ça. Elle disait à tous que j’étais une bonne fille, que les dieux m’avaient amenée dans sa maison pour que je lui donne des enseignements. Elle voulait aussi apprendre l’anglais. Malgré ses souffrances, elle avait conservé un sens de l’humour qui se lisait dans ses yeux et son sourire. Nous sommes vite devenues amies, et lorsque je m’apprêtais à partir après un séjour de plus de 2 semaines, elle ne m’a laissé la quitter uniquement parce que je lui ai promis de revenir bientôt.

Trois semaines plus tard, son état avait beaucoup empiré. Elle n’arrivait plus à ouvrir les yeux ni à parler, et souffrait encore plus. Les 2 premier jours de ce second séjour chez elle, j’ai été très occupée et n’ai presque pas pu passer de temps à son chevet. Le 3ème jour, quand je suis entrée dans sa chambre, sa main était crampée sur l’accoudoir d’une chaise. Je me suis assise et lui ai pris la main, qui s’est agrippée à la mienne à la manière d’une personne en profonde détresse. J’ai commencé la lecture de Zhuan Falun, et progressivement j’ai senti sa main se décontracter. À plusieurs reprises, elle a fait de gros efforts pour ouvrir un œil et essayer de faire le focus. Je ne sais pas ce qu’elle a réussi à voir, mais je suis persuadée qu’elle savait que j’étais là. J’ai continué à lire, elle était de plus en plus sereine. Au bout d’une heure 30, Sujata est venue voir ce qui ce passait dans cette pièce : « Depuis que tu es avec elle, je ne l’entends plus se plaindre, ni gémir de douleur. Je veux savoir ce qui est écrit dans ce livre ! ». J’ai lu encore un peu. À 3 reprises, mon cœur a fait un bond : elle avait arrêté de respirer pendant quelques secondes ! Elle était si tranquille. La vie tient à si peu ; il suffit d’arrêter de respirer… Quelques secondes de plus, et ça en aurait été fini de toutes ses souffrances : quelle simplicité… Mais elle n’était pas encore prête à partir.

Le lendemain, jour de la Puja de Saraswati, j’ai passé toute la journée à l’école de filles pour assister aux cérémonies. Puis, je me suis installée à nouveau près de Ralalaxmi, mon livre à la main, et j’ai passé la soirée avec elle. Alors que je l’avais toujours vue avec une main coincée entre l’oreiller et sa joue, elle m’a donné ses 2 mains : l’une dans la mienne, l’autre autour de mon poignet. Il fallait bien que je garde une main libre pour tenir le livre ! Je la sentais plus décontractée que la veille. La communication et la tendresse que nous avons échangées par le contact de nos mains resteront pour toujours gravées dans mon esprit comme un moment fort de mon existence. J’étais fatiguée, mais j’ai continué la lecture jusqu’à 23h. Je tenais à finir le chapitre, je savais qu’il ne lui restait plus beaucoup de temps à vivre. En effet, le lendemain matin, à 9 h, elle s’est éteinte sans un bruit, dans son lit. Son fils, sa belle-fille Sujata et l’employée de la maison s’en sont rendu compte alors que cela venait de se produire. J’ai ensuite pu voir tous les préparatifs de son corps pour la crémation ; mais ça, c’est une autre histoire…

Rajalaxmi m’a donné une grande leçon sur la vie, la souffrance et la mort. Malgré toutes les différences culturelles et l’impossibilité de communiquer par les mots, nous avons trouvé d’autres façons de nous rejoindre. Je ne l’oublierai jamais.



samedi 13 mars 2010

Des nouvelles de ma santé

Qu’on se le dise : finie la fibromyalgie, je suis GUÉRIE à 95 % de cette maladie chronique !

Depuis que j’ai commencé à pratiquer le Falun Dafa en juin 2009, ma santé s’est rapidement améliorée, mes douleurs se sont envolées, et j’ai pu faire des choses que je n’aurais pas pu envisager auparavant. J’ai arrêté le taï-chi, le yoga, l’accupression, les médicaments (la plupart naturels), les marches avec des méthodes respiratoires particulières et toutes les autres méthodes et traitements que j’ai testés… Ça fait maintenant 8 mois, et je me porte à merveille. À tel point que les gens qui ne m’ont pas vue depuis un certain temps en ont presque du mal à me reconnaître tellement je rayonne. « Tu avais l’air si vieille l’année dernière », m’a même dit un jeune homme de Puri !

Couple de lézards


Drôle de spectacle pendant que je me lavais… J’ai eu le temps de finir de me doucher et d’aller chercher l’appareil photo !

mardi 16 février 2010

La « puja » de Saraswati

Le 20 janvier dernier, à l’école de filles de C., j’ai célébré une fête religieuse hindou très importante dans les écoles indiennes : la « puja » de Saraswati.

Une salle de classe est transformée en lieu de culte, où on a installé Saraswati, déesse de l’enseignement.


Il faut commencer par aller chercher de l’eau sacrée au temple.


Ma sœur indienne m’a offert pour l’occasion un sari neuf, au grand bonheur des filles.


Décoration de la porte d’entrée de la classe transformée en temple.

Pique-nique à l’indienne

À C. (village de l’intérieur des terres de l’Orissa où habite ma sœur indienne), j’ai fait un peu de bénévolat dans une école de filles, et j’ai été invitée à participer au pique-nique de fin d’année de l’école. En Inde, le mot pique-nique n’a pas la signification qu’on lui connaît. Il s’agit bien de prendre un repas en plein air, mais on ne mange pas de sandwichs ni de plats simples. Au contraire, c’est l’occasion de prendre un repas plus élaboré que d’habitude.

Regarder le cuisinier préparer 6 plats différents pour 250 convives, avec un matériel si restreint, est fascinant. Au menu : des montagnes de riz, un curry de légumes, un « chutney » de tomates, du daalh (soupe de lentilles) et, jour de fête oblige, 2 préparations à la viande. Au bord de la rivière, un boucher tue, plume et dépèce une vingtaine de poulets. Puis c’est une chevrette vivante qui est sacrifiée, à côté des filles à qui ça ne coupera pas l’appétit… Imaginez le scandale que ça ferait ailleurs !



Les filles se promènent près de la rivière ou vont au jardin fruitier voisin, aident à couper les légumes. Puis, c’est l’heure des chants et danses. Le programme est improvisé au fur et à mesure. Il a fallu que j’y contribue moi aussi, on m’a mis le micro dans les mains pour que je chante une chanson en français. J’ai aussi dû rejoindre un groupe de filles pour danser avec elles une danse tribale de cette région de l’Orissa.


Finalement, tout le monde se régale. Le repas est servi en 3 services. Les derniers à manger sont les professeurs et directeurs de l’école, une fois toutes les filles rassasiées.

Lac Chilika




Par endroits, on se croirait dans des marais salants. Si on ne regarde pas la végétation de près (et qu’on retire les buffles d’eau), on pourrait être en Bretagne… En fait, ces « marais » sont utilisés pour la pêche : à la saison des pluies, ils communiquent avec le Lac, et comme il y a beaucoup de nutriments dedans, ça attire les poissons qui s’y retrouvent prisonniers lorsque les eaux baissent.


On utilise aussi ces sortes de « marais » pour y repiquer le riz.

Dauphins et oiseaux migrateurs du Lac Chilika

En janvier, j’ai passé 3 jours au Lac Chilika, qui est le plus grand lagon d’Asie et la 2ème plus grande au monde. La vie y est très variée en raison des 3 écosystèmes qu’on y trouve : eau douce, eau de mer et eau saumâtre. Il est alimenté en eau salée par la mer de Bengale et en eau douce par plus de 50 rivières. On y trouve, entre autres, des otaries, des serpents marins, 2 sortes de dauphins, 150 espèces d’oiseaux dont une centaine d’oiseaux migrateurs.

Cet environnement est très fragile puisque les berges et les îles de Lac sont très peuplées. L’ONG « Prepared », qui agit pour le sauvegarder, a mis un bateau à ma disposition.

J’ai pu observer des dauphins Irrawady (Orcaella brevirostris). Ils sont en voie d’extinction, il n’y en a plus que 500 dans le lagon.

Quelques-uns des oiseaux migrateurs venus échapper à l’hiver.


Les porteuses de poisson

À Chandrabhaga, un gros village de pêcheurs est situé près de l’ashram. Les pêcheurs viennent de l’Andrah Pradesh, au sud de l’Orissa, et ne parlent pas l’oriya mais le telugu. Leurs femmes transportent de lourds chargements de poissons à longueur de journée, selon les arrivages. Minimum 30 kg sur la tête, pour un salaire de 20 roupies (moins de 0,50 $ ca, ou 0,30 €) par voyage de 500 mètres. Elles passent près de l’ashram pour aller déposer leur chargement dans un des entrepôts qui conditionne le poisson dans la glace pour l’envoyer à Calcutta, où il arrive 12 heures plus tard. Ensuite, les femmes se dépêchent de faire le chemin inverse pour recharger…





La plage de Chandrabhaga

En janvier, je ne me suis presque pas baignée, il y avait un vent très fort et de grosses vagues. En février, par contre, quand il a commencé à faire trop chaud, j’ai pu m’offrir quelques belles baignades, et j’ai même pu nager, dans cette mer qui est souvent trop agitée pour le faire.

De nombreuses grosses tortues meurent dans les filets de pêche et s’échouent sur les plages, à Chandrabhaga comme à Puri.


Les indiens en vacances ou en pèlerinage s’y font photographier, se trempent les pieds dans cette mer sacrée, ou s’y baignent le matin de bonne heure.

Grands yeux et orteils serrés

« Ca ne m’étonne pas que tu vives en Inde, me dit mon amie thaïlandaise Khuan, tu ressembles aux indiens : tu as de grands yeux comme eux. » Par la suite, plusieurs thaïlandais et chinois me l’ont confirmé : pour eux, les occidentaux ont de grands yeux, et eux-mêmes en ont de petits.

De retour en Inde, c’est à mes pieds qu’on s’intéresse. Kabita me donne l’explication : j’ai les orteils serrés. Beaucoup d’indiens (surtout ceux des villages) ont, par comparaison, les doigts de pied bien décollés, en éventail. Pourquoi cette différence ? Depuis l’enfance, ils marchent souvent pieds nus, alors que nous portons des souliers fermés.

Je ne me vois plus du même œil !

Œuvres d’art éphémères

À marée basse, sur la plage de Konark, des milliers de crabes minuscules réalisent ces œuvres d’art, qui seront détruites quelques heures plus tard. Chacun montre sa personnalité dans sa façon de ranger les petites boules de sable.


lundi 15 février 2010

La vie de l’ashram

Voici quelques-uns des personnages que j’ai côtoyés à l’ashram de Baba Panda.

Mita, ma voisine directe, mère de 3 fillettes, a mon âge.



Liza (9 ans) et Pooja (6 ans) font leurs devoirs.


Et il y a aussi la vache, le veau, 7 chats, des dizaines de corneilles, des chacals qui crient au loin la nuit (on dirait qu’ils rient), et tous les animaux qui passent chercher quelque chose à manger dans la journée (des chèvres, des familles de cochons noirs, des vaches, des taureaux, des buffles etc…). Comme cette chèvre venue grignotter les offrandes fraîchement installées pour les dieux !

Ruja, 2 ans, ma grande amie.


En janvier, 7 veuves partageaient une chambre. Elles m’appelaient « djia » (fille) et je les appelais « Ma » (mère).






Dans une autre chambre, un autre veuve vivait avec cette femme en sari vert.